Se laisser porter…

Se laisser porter…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’odeur de l’herbe fraîchement coupée s’infiltre agréablement dans mes narines. Je baisse un peu plus la vitre de la voiture où je ne suis qu’une éternelle passagère, la peur de conduire, d’être concentrée… J’aime trop m’endormir et rêver en roulant…

Je pense à cette scène du « Grand Gymnase » où je vais bientôt devoir monter, pour une chanson, une dose de projecteurs, d’adrénaline, de trac, de défibrillateur. Ma voix est devenue une étrangère, mes cordes vocales un vieux chewing-gum distendu, plus l’once d’une technique, je vais chanter en croisant les doigts pour que de vieux automatismes se remettent en route. Mes mains deviennent moites rien qu’à l’évocation de ce moment, celui-là même où je vais me regarder une dernière fois dans le miroir de la loge, baissant le pan de ma robe, redressant ma poitrine, rentrant mon ventre, prenant une dernière inspiration qui me fera tourner la tête, sentant ma bouche s’assécher, tout en laissant une subite amnésie me faire croire qu’elle vient, en une seule bouchée, d’avaler goulument mon texte.

Une voix, au loin va m’annoncer, je ne sais pas trop comment, ni ce qu’elle aura à dire à propos de mon « actualité ». Agnès de chez Sevran ? Agnès de la Nouvelle star ? Quel sera l’angle le plus parlant, le plus évocateur d’une quelconque carrière ? Parfois je m’étonne de la petite case où les gens m’ont soigneusement rangée. Il aura suffi d’une apparition de quelques secondes dans un simple casting pour que mon expérience artistique ne se résume qu’à lui. Mais pour la plupart, je ne suis que celle que l’on reconnait sans reconnaitre : « On s’est pas déjà vu quelque part, non ? Vous êtes une actrice, c’est ça ? ».  Alors, après avoir fait l’énumération des écoles, des bars, des amis que nous pourrions avoir en commun, je leur réponds que non, qu’il n’y a aucune raison qu’on se connaisse, aucune. Pour eux, je resterais à jamais dans la case des « déjà-vus » inexplicables. C’est souvent mieux comme ça.

Je vais chanter, en duo avec Sana du groupe « SamSa », une chanson magnifique écrite par mon ami David-Nicolas Esseiva et composée par mon fidèle ami et créateur sans limites : Skander Guetari. Voici le lien pour écouter la maquette originale guitare/voix : « Tout est faux »  https://soundcloud.com/agn-s-villani/tout-est-faux-bonne-version. Rien ne peut mieux dépeindre mon ombre et ma lumière que les mots justes et sublimes de David, cette chanson, c’est moi.

Je reviens quelques jours à Paris pour me mettre à nu. Seulement cette fois, c’est moi qui le décide.

Voilà qu’il commence à pleuvoir, l’odeur de l’herbe fraîchement coupée a laissé place à celle du goudron chaud et mouillé, je remonte rapidement ma vitre et observe le décor s’enlaidir à chaque goutte. Que c’est désolant la campagne auvergnate sous la pluie. Ça me fait penser que j’ai la trouille, pas tant de remonter sur scène mais de ne plus avoir envie, à nouveau, de la quitter. En plus, je n’ai rien à me mettre pour l’occasion, comme à chaque fois, je douterais de mon « costume de lumière » sous le poids du « quand dira-t-on ? ». J’ai toujours été comme ça, j’ai toujours recherché l’approbation générale, peut-être pour me prouver que je ne suis pas folle de m’être donnée en spectacle pendant toutes ces années, que quelque part, c’était légitime… Rien n’est plus abstrait, plus subjectif que l’art dans toutes ses formes. Pour avancer, il faut apprendre à faire confiance entièrement à son instinct, son flair et ses propres jugements. Laborieuses et lourdes sont les périodes où on ne ressent plus rien. L’inspiration est capricieuse, il est sage de la craindre, sage de ne jamais la prendre pour acquise. Aujourd’hui, par exemple, elle est venue me sortir d’une autre activité pour me ramener à sa page blanche. Alors je lui ai obéi, je suis venue écrire ces quelques lignes afin de ne pas la froisser, afin qu’elle ne me lâche pas à ce précieux instant où j’aurais vraiment besoin d’elle…

Un jour, j’apprendrais à conduire, non pas pour avoir le permis, mais pour en être capable, pour être digne de cette liberté que je ne cesse de revendiquer, pour ne pas finir mes jours assise à la place du mort et en panne d’inspiration. Pourtant si ma définition de la véritable liberté consiste à ne dépendre de personne et à ne compter que sur moi-même, ne serait-elle pas là un sombre synonyme de solitude ?

Trop d’idées qui valsent et tournoient dans ma tête… Je monte le chauffage, je descends le son de l’autoradio, détache mes sandales  et me roule en boule sur mon siège abaissé. Je n’entends plus que le doux ronron des pneus fendant l’autoroute, je ferme les yeux, je m’envole vers ce monde chimérique où je me sens si à ma place.

Qu’il est bon tout de même de se laisser porter et de s’endormir en murmurant malicieusement:

« On est bientôt arrivé?… »

 

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Brebis égarée

Brebis égarée

 

 

 

 

 

 

 

Pendant une certaine période où je me suis sentie un peu perdue, j’ai dû lire à peu près tous les ouvrages traitant de la (re)construction de soi et de l’ouverture vers les autres : « Les quatre accords toltèques », « Les cinq langages de l’amour », pour ne citer qu’eux, toujours cette promesse d’une prise de conscience suprême en quelques simples règles. Sans le savoir, je cherchais une foi, celle que je pensais ressentir, petite, quand j’allais à l’église. Même si je prétendais le contraire en empochant les 10 francs, fruits d’un accord tacite avec ma grand-mère, correspondant à un petit dédommagement pour mon déplacement. Robe blanche et sourire de rigueur, avec le recul, je trouve ça peu payé…Pourtant, lorsque l’immense porte en bois sculptée s’ouvrait en un long grincement sur un silence pieux emplit d’encens, avec des livrets rouges en cuir bien disposés sur les nombreux bancs en bois, un orgue lointain qui tapissait les murs d’une mélodie angélique, soudain, un sentiment de bien-être m’envahissait, comme si je pénétrais dans un autre monde, celui où l’essence de notre existence était révélée simplement, en quelques règles aussi, par un homme déguisé avec une robe multicolore. Un show convaincant, euphorisant… Je faisais partie d’une élite, celle qui avait tout compris.

Plus tard, j’ai fait le constat que rien n’était si radical. Sans miracle probant, personne au fond ne pouvait être convaincu, une lumière ne suffit pas, une conviction non plus, tant que l’on ne sait pas qui est le géniteur de notre foi, il vaut mieux être prudent. Si Dieu existe alors son contraire aussi, nul ne sait où il se loge. J’ai donc commencé, pour m’aider à redonner un sens à ma vie, à me tourner vers des magazines féminins traitant de cures introspectives en dix conseils, de résilience en un paragraphe et de la découverte de son « moi » intérieur en un questionnaire. J’ai mis des croix honnêtement dans les cases appropriées de ce dernier, les résultats furent sans appel : je suis torturée par mon passé. Question : le magazine finance-t-il les années de psychanalyse qu’un tel constat devrait irrémédiablement engager?

Remuer le passé à gros coups de pelle, est-ce une si bonne idée ? Je ne parle évidemment pas de l’aspect lucratif des cabinets de psychiatres bidons qui voient les patients défiler comme des poivrons sur une brochette. J’assume l’image.

« Le monde est fou, fou, fou, voyez-vous… » Dixit Pauline Ester.

J’ai aussi consulté des énergéticiens, des prêtres, des penseurs, toujours à la recherche d’un branchage où m’accrocher, une philosophie, même une seule théorie à laquelle je pourrais croire, mais je reste sceptique, je reste sans accroches. D’ailleurs croire fermement en une religion, est-ce vraiment recommandé de nos jours ? N’est-ce pas pire que d’adhérer à un parti ? N’est pas choisir son camp ? Pour croire heureux, croyons cachés…

Tout de même, il y a cette petite voix au fond de nous qui a envie de comprendre et, toute sa vie, au lieu de savourer cette chance de faire partie de ce voyage, elle s’épuisera à trouver le sens, l’origine et s’évaporera sans jamais avoir eu de réponse. La curiosité est un bien vilain défaut.

C’est pour cette raison, entre autres, que j’ai décidé de laisser tomber mes livres théoriques et ce besoin de tout comprendre. Je sais que mes jours sont comptés, comme les vôtres, c’est le jeu, alors je suis bien décidée à profiter de la partie.

Et vous?

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« Moi » intérieur d’une fin de mois d’avril

« Moi » intérieur d’une fin de mois d’avril

 

 

 

 

 

 

 

Je ne vous l’ai jamais dit ? Je pense que je ne suis pas « normale ».

Du genre…Constante.

Parfois le ciel bleu est bleu et, d’autres jours, même bleu, il parait gris.

J’écoute beaucoup de musique, vraiment beaucoup, comme un robinet sonore raccordé à mes tympans, huit heures par jour, minimum, dois-je en conclure que le silence me fait peur ?

Je lis énormément aussi, beaucoup de romans, de manuels à la fois, même de langues étrangères, superposés sur ma table de chevet, toisant mon regard égaré à mes couchers. Je les possède, c’est au moins ça. Ne sont-ils que des preuves amoncelées, négligemment, inconsciemment, là, pour étayer l’immensité de mon ignorance ?

J’allais finir ma liste, mais il y a aussi les films que j’ingurgite par palettes de téléchargements. Je m’inquiète, quelque chose ne tourne pas rond…

La vie coule, doucement, comme à travers le filtre d’une vieille cafetière, goutte à goutte. Le printemps va et vient, on dirait qu’il s’amuse de nous, qu’il hésite, peut-être se demande-t-il si on le mérite vraiment ? Je n’ai pas encore défait mes cartons d’été, c’est la maturité sans doute qui me préserve de l’euphorie des premiers beaux jours. Mieux vaut sortir couvert, c’est bien connu.

Mes rêves de marchande exerçant derrière un stand en plastique commencent à prendre forme, j’ai ouvert ma boutique en ligne de bougies, réalisé ma première vente. J’ai pleuré en cliquant sur la confirmation de commande, ça a été plus fort que moi, plus fort que tout, parce qu’une parfaite inconnue a validé en un clic des mois de travail et d’investissement. Tout d’un coup, je me suis sentie adulte, une vraie, une qui gère ses comptes et établit des factures. Je ne me suis pas reconnue, j’ai voulu m’étreindre tant j’étais fière de moi, de cette nouvelle patience qui m’a permis de mener mon objectif à son terme. Je n’en vivrais sûrement pas, je ne suis pas dupe, mais je sais aujourd’hui que je suis capable de travailler de mes mains, capable de faire autre chose que de rêver ma vie…

Cette maison auvergnate me fait du bien, elle m’offre la sensation d’être ancrée quelque part, de pouvoir dire que je suis « chez moi ». C’est important, je ne savais pas à quel point, je ne veux plus être nomade, plier mes biens en deux jours pour aller vers un autre inconnu. Je veux laisser mes livres bien rangés à leur place dans la grande bibliothèque en bois et m’endormir sous la caresse des mêmes petits bruits et parfums familiers. Dès que je pars, je sens que je m’affaiblis, cette maison est une pile, une recharge, une perfusion reliée à un soupçon d’authenticité. Parfois même je m’ennuie, même si ce luxe, selon ma mère, n’appartiendrait qu’aux imbéciles. Alors je trie des papiers, des photos et observe le goutte à goutte de ma cafetière emplir la bulle de mon inertie. Je me repose de tous mes combats, je m’abandonne au silence, j’attends qu’une idée ou un besoin me réveille même si je n’ai plus besoin de grand-chose, à part de calme, je suis allée bien assez loin pour le trouver.

Mais je peux paraître bizarre, je le conçois, en m’enfermant des heures dans mon atelier, en coupant mon portable, en ne répondant pas quand quelqu’un m’appelle à l’étage au-dessus, en faisant l’autruche qu s’enfonce dans le sable chaud, plus rien n’existe, que l’instant…

Je ne vous l’ai jamais dit ? J’oublie tout ce qui ne me touche pas, j’enjolive l’inintéressant, ma vie est un perpétuel régime, mes histoires d’amour, jusqu’à aujourd’hui?  D’incontrôlables fiascos…Je n’ai aucune idée de quoi demain sera fait, j’ai un enfant adolescent en face de moi que je ne comprends plus, j’adore regarder des émissions débiles à des heures indues, je bois trop, je fume trop… Oui au fond, je suis peut-être… « Normale ».

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A: Mademoiselle G. …. Objet: Crise de la quarantaine

A: Mademoiselle G. …. Objet: Crise de la quarantaine

 

 

 

 

 

 

 

 

Oui, un jour, nous deviendrons vieilles, nous aussi mon amie… Faibles, découvrant par la souffrance de notre corps, des parties de lui que nous ignorions jusque-là  Des os qui craquent, des jambes qui flagellent, sûrement, des mains qui tremblent, parsemées de petites taches brunes et de fin vaisseaux bleus. On oubliera de plus en plus de choses, sans doute, ces petites choses au fond, qui ne servent pas à grand-chose…  Pourtant on deviendra la reine des anniversaires ! On les notera tous avec un beau stylo acheté pour l’occasion, sur un calendrier de la poste, ou celui des pompiers (qui nous donnera encore le feu aux joues) et on prendra soin de bien envelopper les cadeaux que nous enverrons à nos petits-enfants pour leur rappeler qu’on les aime. Pour leur rappeler qu’on est là.

Oui, un jour, le dernier fond de teint révolutionnaire ne cachera plus ni cette ombre grise s’étirant sous nos yeux, ni nos plus profonds sillons : rides du lion, pattes d’oies ou rides d’amertume, un bien triste zoo, un bien triste reflet. Une mèche jaunie par trop de teintures tombera peut-être devant nos yeux et il faudra quand même sortir de notre salle-de-bain, la tête haute et le mascara toujours en place.

Ça fait bientôt vingt ans qu’on n’a plus vingt ans. Il va falloir s’y faire.

Quand ta fille t’emmènera son premier copain, puis qu’elle t’annoncera son mariage, sa grossesse, là aussi, il ne faudra pas regarder en arrière, juste penser : pillule, pièce montée et liste de naissance. Rester maîtresse à tout prix de la situation. Si ta conscience te sermonne d’un : « Dans mon temps…Tout de même… », fais-la taire, immédiatement. Dans notre temps, ce n’était pas mieux, arrêtons de nous remonter le moral avec des souvenirs mièvrement erronés. On ne regardait pas la télévision, par ce que ça nous était interdit, on ne traînait pas dans la rue, car on n’avait jamais le droit de sortir « non accompagnée » par au moins une petite sœur, une cousine insupportable ou une vieille tante et on était seules et malheureuses dans nos chambres d’ados, voilà pourquoi, on ne peut pas se dire qu’avant c’était mieux, sinon on deviendrait vieille sur le champ.

Oui, un jour les hommes ne se retourneront plus sur nous dans la rue, du tout. Cette fameuse robe qui avait le pouvoir de provoquer des accidents de la route, ne pourra plus s’enorgueillir que de quelques coups d’œil furtifs qui exprimeront davantage un attrait pour le tissu que pour celle qui le porte. Il faudra pourtant continuer à balayer nos cheveux argentés d’un geste de la main, pour capter les rayons du soleil, la lumière, remonter d’un doigt nos lunettes noires, rentrer notre ventre et garder une élégance, il faudra pourtant apprendre à apprivoiser cette image délavée de notre jeunesse.

Oui, un jour, peut-être qu’une seule coupe de champagne nous fera tourner la tête, mais elle tournera toujours. Peut-être qu’un jour nous regarderons nos talons hauts avec nostalgie, mais pour l’instant, ils vacillent encore sous nos pieds et je nous fais confiance pour les user jusqu’à la semelle. Ne passons pas le restant de nos vies à craindre la métamorphose,  ce n’est pas parce que nous allons atteindre « l’âge mûr » que nous devons le devenir pour autant…

« L’âge mûr est le plus beau de tous. On est assez vieux pour reconnaître ses erreurs passées et encore assez jeune pour en commettre de nouvelles. »

 Maurice Chevalier

Et si un jour tu oublies la petite fille que tu étais, alors je serais là pour te raconter son histoire,car à mes yeux, elle n’a pas changée…

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Toi Adam, moi Eve

Toi Adam, moi Eve

 

 

 

 

 

 

Peut-être qu’au détour d’une recherche google, d’un mot clé, vous êtes tombés sur ce blog, cet article en particulier. J’ai appris, d’une amie auteure, que les mots « Amour » et « Sexe » étaient les plus consultés par les internautes et qu’il suffisait de les glisser subtilement dans un de mes articles pour vous attirer par ici. Alors : bienvenue !

L’amour et le sexe… Aaaaaahhh…. L’amour et le sexe…L’homme et la femme sont antinomiques, aucune  égalité réelle ne pourra exister tant que les femmes continueront à devoir se coltiner des crampes aux cuisses quand elles n’ont d’autres choix, à cause de leur minuscule vessie, que d’uriner dans des aires d’autoroutes, alors que les hommes n’ont qu’à tranquillement baisser leur braguette pour se soulager. Je ne parle même pas de l’assaut mensuel des anglais, ni des vergetures, ni de cet amour maternel qui décharge sans complexe la gente masculine de tout réel investissement avec leurs progénitures. A part pour les faire sauter en l’air sur leurs genoux, jusqu’à  bien les énerver et nous les rendre, d’un air las, à nouveau indomptables. L’homme semble attendre que son enfant ait un minimum de seize ans pour aller boire des bières avec lui, évitant soigneusement entre temps les changements de couches et les pleurs dans la nuit, qui ne le réveillent, miraculeusement, jamais. L’homme n’a pas besoin de considérer la nourriture comme un perpétuel régime et n’a pas été tenté en premier par la pomme, tout simplement parce qu’elle ne l’attirait pas. C’est le sixième sens féminin pour la nourriture saine qui nous a tous fait couler! Aujourd’hui, il faudrait que nous mangions cinq fruits différents par jour, est-ce pour tenter de reconstruire le monde ou bien pour le plonger dans le pêcher éternel ? Je doute devant ma pomme reinette si elle ne fait pas elle aussi partie du complot…

L’amour et le sexe.

Je réfléchis au succès mondial de la trilogie de EL.James « Cinquante nuances de Grey » , qui n’est au fond qu’un porno très mal écrit, mais totalement addictif pour la majorité des voyeurs dont je fais partie, apparemment. Il n’y a qu’à voir l’avidité et l’impatience qui m’ont fait me ruer à la Fnac pour me procurer le Tome 2. A chaque page, je rougis de honte et je comprends cette émotion particulière qu’il provoque chez les lecteurs, le problème de conscience, de limites qu’il pose et décortique grâce au personnage d’Anastasia, jeune vierge insolente qui découvre le sexe en même temps que l’amour. Jusqu’où peut-on aller ? Jusqu’où la raison se terre dans notre inconscient, incapable de se faire entendre dans ce tourbillon d’émotions enivrantes ? La puissance du sexe, de l’alchimie physique, domine-t-elle aujourd’hui notre monde ? Sous couvert de « recherche de  relations sérieuses » sur les sites de rencontres, n’y a-t-il pas surtout un besoin fondamental d’assouvir ses pulsions à chaque fois qu’elles viennent bourdonner au bas de nos ventres ? Un désir de contrôler et de satisfaire au moins une partie de notre vie, de son plaisir immédiat et éphémère ? Sexe comme monnaie d’échange, comme loisir, comme on se rend au supermarché, en un clic, en un rendez-vous : on couche et on verra après si ça vaut le coup de commencer une « relation sérieuse »… Et l’amour dans tout ça ? L’Amour ? A vingt ans, il s’évapore comme une fumée de cigarette et à quarante, il se méfie de tout, il se protège, s’emmure, s’automutile par peur de souffrir à nouveau.

L’homme a besoin de sexe, la femme a besoin de se sentir désirée. Là est le point d’équilibre. Un homme qui passera trois mois sans relations sexuelles deviendra fou et chasseur, la femme déprimera et se réfugiera dans un grand pot de Nutella. Nos « besoins » sont différents et il me semble souvent que les hommes ne comprennent pas à quoi ressemble cet Amour qui est monté sur un piédestal dans nos rêves de petites filles. Beau Prince, cheveux au vent, sur son majestueux cheval blanc…

A part ça, ce détail, les hommes ne sont pas si difficiles à comprendre au fond et peuvent même parfois être surprenants, au point de faire disparaître le Prince pour nous montrer autre chose, de plus beau, de plus fort, de plus réel. Il suffit qu’ils nous tendent leurs bras, qu’on s’y blottisse, qu’on s’y sente tellement en sécurité, que tout à coup, leurs « besoins » deviennent les nôtres et l’Amour et le sexe ne font plus qu’un, comme nos deux corps… Point d’équilibre atteint.

 

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J’ai peur d’allumer la télévision…

J’ai peur d’allumer la télévision…

 

 

 

 

 

 

 

 

Carambar a décidé d’arrêter les blagues dans leur célèbre caramel, pour les remplacer par de la culture générale. Oui, il n’y a plus de doutes, nous rentrons dans une période d’austérité sans pareil, un monde déboussolé où Véronique Genest se lance dans la politique, où Cyril Hanounia devient le présentateur préféré des français et où des célébrités se bousculent pour plonger toutes habillées dans une piscine. Les émissions de variété sont devenues des mises à mort d’artistes, que l’on se plait à critiquer le sourire aux lèvres, les voix des nouveaux chanteurs sont reliées à des buzzers, les Ch’tis font les guignols à Hollywood et le talent se mesure plus que jamais à la profondeur des bonnets.

J’ai peur d’allumer la télévision. Je ne trouve plus ma place.

J’ai l’impression d’avoir tiré trop de ficelles, comme si j’assistais à un spectacle de magie dont je connaitrais déjà  tous les tours. Je m’amuse rarement, ce spectacle ne me fait plus rire, j’exige qu’on me rembourse.

Dans mon enfance, dans ce petit village retiré du Sud-Ouest, seule, devant des posters collectionnés au fil des numéros de « Podium », je rêvais de rencontrer des stars, de marcher dans leurs pas, de partager leur table, de saisir quelques minutes de leur existence pour tisser dans mon imagination le restant de leur vie. Il suffisait que Vanessa Paradis glisse lors d’une interview qu’elle buvait un chocolat chaud au petit-déjeuner et voilà que je ne jurais plus que par Benco ! Je copiais leurs mimiques, leurs regards dans le vague, leurs poses désinvoltes, aériennes. Je pensais que ce serait suffisant pour nourrir ma soif d’exceptionnel.

Puis la vie m’a donnée l’occasion de fumer une clope avec Renaud, manger des sushis avec Cali, chanter un duo avec Patrick Bruel, trinquer avec Grégoire, taper la bise à Michel Drucker et aussi prendre un thé dans une chambre du Crillon avec Ariane Massenet, travailler auprès de Pascal Sevran pendant deux ans, chanter à l’improviste avec les Commitments sur une scène toulousaine et même donner ma maquette  dans les mains de Céline Dion.

Et alors ? Chacun est bien resté à sa place, protégé par ses propres sourires de convenances, double vitrage, porte blindée, aucune intrusion possible.

C’est en pénétrant dans une boulangerie auvergnate, à deux pas de chez moi, que je me suis rendue compte qu’il n’y avait pas d’âge pour l’adulation. En face du stand à pains, une énorme vitrine occupe tout un pan de mur, garnie de photos du boulanger et de sa femme posant fièrement aux côtés d’un joueur de l’équipe de l’A.S.M. Leur rêve, je n’en ai aucun doute en voyant leur commerce fermé pour « cause de match », serait sûrement de pouvoir passer du temps hors des stades avec leurs héros, de leur taper sur l’épaule en leur payant un verre et en riant grassement.  Pourtant,  ce qui est fascinant, c’est que j’ai découvert, grâce à ma sœur, un bar à quelques kilomètres à peine de chez eux, qui est tenu par Aurélien Rougerie, un des joueurs les plus connus de l’A.S.M et où toute son équipe se retrouve après les matchs, tous aussi fêtards qu’accessibles.

Pourtant, les boulangers n’y vont jamais, je ne sais même pas s’ils ont cherché à savoir si un tel endroit existait. Ils payent leurs places pour voir les matchs, ils collectionnent des bibelots jaunes et bleus qui prennent la poussière entre deux baguettes et ils soignent l’image d’Epinal qu’ils ont façonnés au fil des ans de leurs icônes du rugby. Et ils semblent heureux ainsi, avec leurs rêves intacts et leur réalité sublimée.

Quand ils allument leur poste de télévision, peut-être croient-ils vraiment à ce qu’on leur raconte ? Peut-être que Lagaf’ les fait vraiment rire, qu’ils pensent sincèrement que Julien Lepers est une mine de culture, que Nabila a beaucoup de classe, que Roselyne Bachelot est totalement à sa place dans un talk-show, que Tex ne fait pas peur du tout, que Mimi Matty est un amour et Reichmann, un gendre idéal? Peut-être qu’ils n’ont pas du tout envie de connaitre la vérité et que c’est ainsi que la machine doit rouler, avec un filet d’illusion et d’inaccessibilité.

Peut-être que j’en ai trop vu, peut-être que je ne rêverais plus jamais…

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Quand la nuit tombe

Quand la nuit tombe

 

 

 

 

 

 

 

Je n’aime pas quand la nuit tombe, avec son poids de silence et de vieilles angoisse refoulées. Je n’aime pas quand les réverbères s’allument, que les grilles des magasins se ferment, que les stations de bus se noircissent et que la neige tombe en petits flocons indécis sur un pavé déjà glissant. Je n’aime pas cette demi-mesure, cette vie sans vie des fins de journées d’hiver. Plus de facteur à guetter, ni de coup de fil à attendre, aucun véritable rebondissement possible, personne ne bravera le froid pour me surprendre, les élans romanesques ne sont que le fruit des chaudes nuits d’été.

Même ma cheminée ne prend pas, le bois est trop froid et humide, elle le boude en crachant de la fumée sur des embryons de braise. La guerre du feu est intemporelle.

Je sors rarement, à quoi bon, on ne sort pas sans raison quand on habite en Auvergne, peu de choses méritent des engelures en retour. Je sors : pour voir le courrier, jeter les poubelles et acheter du pain. Je limite mes déplacements, source d’efforts inutiles. Le reste du temps, je me demande comment retourner dans la ronde sans y laisser mon âme.

Surtout quand la nuit tombe et que je suis seule. La maison se réveille et fait craquer ses os, le froid se glisse sous les portes ou bien est-ce autre chose ? En quelques minutes à peine, je suis persuadée qu’il y a quelqu’un à l’intérieur et plus j’y pense et plus j’en suis convaincue. Il est là, dans la cuisine, il attend que je me lève pour faire un thé, prêt à m’assommer derrière la porte, cet homme mi animal, mi démon ! Je me cramponne alors à ma couverture polaire et fais appel à tous les dieux pour me venir en aide, sentant la fin si proche que j’écoute mon souffle afin de m’assurer que je suis toujours en vie…

Dehors, j’entends des rires parfois, ils me rassurent, au même titre que les informations télévisées, ça peut paraître bizarre, bien sûr, mais leur côté factuel et monocorde me détourne l’esprit de mes paranoïas nocturnes.  Déjà, plus jeune, la voix de Yves Mourousi pouvait me conduire au sommeil. C’est mon « chasse et pêche » à moi, mon calmant.

Je me rends compte ces derniers temps qu’il ne faut pas aller chercher trop loin pour trouver des personnes qui aiment faire des histoires. En fait, elles sont partout, aux aguets, toujours prêtes à enfoncer leur prochain. La nuit, ça me tourne encore plus dans la tête, je ne comprends pas le concept de la méchanceté, n’est-elle là que pour créer un équilibre avec la bienveillance naturelle de certains ? Tout part toujours d’une personne qui n’existe que pour nuire, au même rang que les guêpes ou les frelons. J’aimerais apprendre à les éviter et à ne plus les craindre.

Evidemment, lorsque les insomnies me guettent, je pourrais prendre un bouquin, seulement, je ne lis pratiquement jamais le soir, c’est impossible, ma concentration est ailleurs, elle essaie de comprendre un peu mieux l’espèce humaine, afin de se protéger de ses pièges, avant de retomber dedans, toute entière, comme à mon habitude.

Le passé me hante encore et je compte parfois ses blessures pour m’endormir, comme les enfants qui veulent toujours écouter la même histoire, parce qu’ils la connaissent déjà et qu’elle ne leur fait plus vraiment peur.

J’aimerais bien qu’on me raconte des histoires, des douces, des jolies, des légères. La tendre voix grave de ma mère… Je suis en train de l’oublier. Comme les traits de son visage qui deviennent flous, je m’accroche à ses photos pour ne pas qu’elle disparaisse.

Elle me manque tellement, surtout quand la nuit tombe.

 

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Aux pieds du tapis rouge

Aux pieds du tapis rouge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les mots ne sortent pas, ils virevoltent dans ma tête et éclatent comme des bulles de savon avant que je n’ai eu le temps de les poser sur le papier. Sortie du système général, du cadre, depuis plus d’un an, je vois tous mes repères s’effriter, les heures passer avec une lenteur hypnotique, je ne sais plus quel jour nous sommes, car je n’ai plus besoin de le savoir, j’erre au milieu des montres molles de Dali et je me tiens à l’écart, autant que possible, de l’agitation extérieure, perplexe.

Simple spectatrice, par exemple, au Festival de Luchon, où j’observe le fossé entre les « accrédités » et les autres. Le rouge du tapis ne saurait supporter l’empreinte des boots, maculée par la neige et la boue, de simples badauds. Le prestige ne s’impose que grâce à la division des genres et à l’épaisseur d’une popularité.

Que la « star » est détachée, impérieuse, dans ces festivals provinciaux…Cachée sous un bonnet arborant un gigantesque crocodile vert afin de se fondre dans la masse locale, qu’a-t-elle à craindre ? A part quelques rares couples de retraités, avides d’autographes, qui aimeront exposer, en rentrant chez eux, leurs sentencieuses impressions sur leurs diverses rencontres avec des vedettes, ainsi que des jeunes adeptes de l’école buissonnière et de séries à fort audimat. Oui, j’observe ce cirque essoufflé, chaotique, où nul ne se sent vraiment légitime, ni l’idole, ni son fan qui pose dubitatif à côté de ce nouvel acteur qu’il ne connait même pas, mais dont il a vu la photo sur le magazine officiel du festival…

Le seul autographe que j’ai demandé dans ma vie, c’était à l’âge de cinq ans, à Chantal Goya, son spectacle de la « chaussure magique » m’avait tellement retournée qu’il me fallait une preuve palpable que mon héroïne d’enfance était vraiment réelle. J’ai fait la queue trois fois tellement j’avais de choses à lui dire et tellement j’étais intimidée. La première fois, je lui ai tendu une lettre écrite et décorée par mes soins pendant des semaines, sans dire un mot. La deuxième fois, je lui ai demandé un autographe et la troisième, juste avant qu’un vigile m’interdise de revenir, je lui ai sauté dans les bras en pleurant. Parce que je voulais rester dans ce monde imaginaire parfait, parce que je voulais être elle.

J’ai passé la moitié de ma vie à vouloir vivre la sienne.

Puis un jour, dans un cocktail organisé par France 2, je l’ai revue, avec son mari, juste à côté du buffet, le corps affaibli, le visage pâle. Je n’ai pu m’empêcher de l’approcher et de lui raconter notre première rencontre, elle a souri et elle a sorti de son sac des photos de ses petits-enfants, les larmes aux yeux. Elle m’a racontée que son dernier spectacle n’avait pas marché et que son mari avait mis tout l’argent qu’il leur restait dedans. Elle m’a confiée aussi qu’ils risquaient d’être expulsés de leur appartement dans le 17ème, d’un jour à l’autre. Un instant, j’ai voulu la prendre dans mes bras et la serrer aussi fort qu’à mes 5 ans, j’ai même souhaité qu’elle se taise, qu’elle me laisse d’elle ce souvenir soyeux, cette image lisse et parfaite, ce regard maternel et épanouit, ce pays si fantastique où les animaux connaissent toutes les chorégraphies, ce petit brin de soleil dans mon enfance. Je me suis même sentie coupable de ne plus aller à ses spectacles, c’était à cause de moi et de tous ceux qui lui avaient tourné le dos qu’elle en était arrivée là, à se ridiculiser sur de la techno dans son costume de Bécassine et tout ça, pour cinq minutes de lumière en plus. C’est là que j’ai compris que je me trompais de quête, la scène ne m’aurait pas, je devais la quitter avant de jouer devant des salles vides.

Voilà que ces souvenirs font soudain frémir mon inspiration, pourtant, les mots ne sortent pas, ils s’entrechoquent dans ma tête, comme des auto-tamponneuses, sans but, sans ordre, ils voudraient dire quelque chose d’intelligible, quelque chose de profond, mais ils restent sans voix, suspendus au-dessus de ma feuille blanche.

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Neige et Métamorphose

Neige et Métamorphose

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’aime pas la neige.

Boots, combinaison moulante, bronzage en forme de lunettes, queue devant le téléphérique, skis encombrants, bonnet qui gratte. Tire-fesses.

Traumatisme des sorties en bus scolaires, odeur de chips, d’œufs durs et de sueur. Otite à chaque descente, tympan qui claque au rythme de la nausée croissante qui me saisit dans la vague des tournants revêches.  Mon corps se tasse et se décompose sous le poids de cette masse noire enneigée, de ce piège à avalanches, de cette usine à plâtres pour débutants.

« Neiges éternelles », comme ce terme me faisait rêver, jadis, j’aurais aimé me hisser jusqu’à elles pour jouir à mon tour de cette onirique plénitude. Aujourd’hui, aurais-je le choix, je ne suis pas convaincue que la route en vaudrait la chandelle. Trop froid, trop haut, je préfère mes petits volcans, chaleur à fleur de peau, terre fertile, simple, à ma hauteur. L’immortalité n’est plus un idéal, elle est pure hérésie.

Janvier 2013, Superbagnères, retour dans l’antre de mes angoisses. Le téléphérique marque une pause, je frôle l’évanouissement dans ma doudoune suffocante, mon fils rit aux éclats, mon nouvel ami nous photographie avec un œil moqueur, ils n’ont aucune idée de ma souffrance ! Alors je râle, je râle, je menace de vomissement, d’abandon du « navire », mais ils rient de plus belle. Alors je boude, je boude, je répète à qui veut l’entendre que je déteste la neige, surtout quand elle devient noire, souillée, aucune utilité, vraiment…Alors je fume, je fume, je ne regarde rien autour de moi, de toute façon c’est moche, c’est froid, c’est nul… Alors, je mange, je bois, un vin blanc, un panini, une crêpe au Nutella, un café et enfin…Enfin je jette un coup d’œil sur le décor qui nous entoure, j’inhale dans une grande inspiration l’air si pur, je décrispe peu à peu mes traits froncés par de sombres souvenirs et je prends conscience, enfin, que cette petite fille renfermée, angoissée, complexée : n’existe plus.

Métamorphose.

Os qui craquent, crac au lever, crac en descendant la poubelle, crac au moindre effort, au moindre oubli, au moindre manquement à ma concentration de rigueur.

Couleur d’hiver, qui s’étend au sein d’une armée de soldats blancs dans mon indomptable amas capillaire. La guerre contre le temps ne fait que commencer, une guerre perdue d’avance.

J’ai peur parfois, quand j’y pense, quand je regarde les autres partir, sans même laisser de testament, sans trier leurs papiers, sans dire ces quelques mots qui pourraient changer la vie de ceux qui restent. Non, ils s’envolent, en silence et moi je me demande ce que le sort me réserve, égoïstement, je mâche frénétiquement ces derniers deuils jusque dans mes cauchemars.

Cernes, grises, comme les jours de pluie Place de Clichy. Que faire de mieux que de pleurer dans ces moments-là, que de se fondre à l’unisson avec les larmes célestes. Mes souvenirs me hantent et tentent de me déstabiliser dans ma Métamorphose. Pourtant Paris ne saurait plus me faire trembler, je lui ris au nez et je lui tire sa barbe de Père Noël. J’ai compris le truc, l’arnaque, le souvenir de ses matins gris n’entachera pas le rosé pastel de mes nouveaux aurores.

Pourtant des petites douleurs lancinantes s’installent, sans prévenir, elles choisissent leurs appartements au creux de mes reins ou bien dans l’alcôve de quelques articulations jusque-là ignorées. Mon bras droit lâche certains objets ou bien, parfois, je boite. J’ai même perdu une pointure, je vous le dis, je suis en pleine Métamorphose.

Je me ratatine, me rétracte, j’entame la douce traversée de la fameuse « crise de la quarantaine ».

Mon fils va fêter ses seize ans, dans quelques jours, alors que moi, je n’en suis pas encore sortie. Je cours encore derrière les pigeons, sur les grandes places, avec mon manteau rouge de « dame » et mes hauts talons. J’ai des rêves plein la tête, ça bouillonne, ma raison ne m’a pas vaincue, je porte des robes courtes, des collants jaunes, des fleurs dans mes cheveux, je suis toujours aussi maladroite, aérienne et tête en l’air qu’il y a…vingt-deux ans. Toujours aussi perdue aussi, en attente, suspendue au-dessus d’un monde où je me vois évoluer, mal à l’aise, névrosée, solitaire, ne sachant quoi faire de cette écorce encombrante qui ne cesse de dépérir, de se métamorphoser.

L’ombre de la bête de Kafka tourne autour de mon lit, mais elle ne m’aura pas, car j’ai choisi la lumière. J’ai choisi d’aimer la neige, d’aimer les gens, les jours gris, les toutes petites choses qui me semblaient insupportables et d’apprécier cette Métamorphose avec la sérénité d’un vieux bélier assagit.

Parce que là où je me sens bien, dorénavant, c’est là où j’ai choisi de l’être, même au sommet de Superbagnères.

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L’écume des nuits

L’écume des nuits

 

 

 

 

 

 

 

« - Maman, tu crois qu’il est mort ?

-J’en sais rien, avance, il fait froid. »

Janvier 2012, de l’écume immobile parsème les trottoirs, tapis sous des duvets de fortune et des sacs en plastique éclatés. L’hiver s’annonce rude, il faut que je pense à commander du bois.

Ce manteau rouge, acheté sur un coup de boulimie dépensière pendant les soldes d’hiver, ne sert plus de bouclier contre l’humidité qui transperce à présent mes membres. Je marche en regardant droit devant, avant de m’engouffrer dans le métro subtilement parfumé à la pisse chaude et aux rats crevés. Mon sac à main plaqué contre mon bas-ventre, je ne lâche pas un instant la main de mon fils qui semble horrifié par le nombre impressionnant de sans-abris en train de cuver sur des bancs. Moi, je ne les vois même plus.

En arrivant au travail, un collègue me précise :

« Tu sais, la plupart des SDF le sont par choix ! »

Ça va alors, je peux déculpabiliser tranquillement en gobant les derniers ragots devant la machine à café. Si j’ai le temps, je prendrais peut-être cinq minutes pour en apporter un à quelques malheureux frigorifiés devant le Monoprix. « Jamais d’argent ! » M’a-t-on toujours répété «Ils iront juste s’acheter d’autres bouteilles ! ». A ma pause, si j’ai le temps…

Je n’écoute plus les informations, ça me déprime, je connais déjà la chanson par cœur : « Il faut rester solidaires…Lalalalala… » Comme si nous l’avions jamais été. Au mieux, je glisserais quelques pièces dans l’urne de la Croix Rouge, une association médiatisée, avec Adriana Karembeu comme ambassadrice, ça au moins, c’est du sérieux. Tous ces petits jeunes à la sortie des métros, avec ce froid, comme je les plains ! Je pourrais aussi aller m’acheter deux, trois robes chez Emmaüs, même si la bénévole au comptoir n’est pas très aimable, il faut savoir donner de soi pour aider son prochain. Amen.

A 17h30, il fait 0 degrès, autant dire que le premier qui me réclame encore un cent dans la rue, je lui fais sa fête! Je décide d’éviter le chemin par Monoprix, de toute façon, je n’ai plus de monnaie sur moi, j’ai vidé le distributeur de toutes ses boissons chaudes.

18h15, sur le quai du RER, je suis prise en sandwich par des centaines de travailleurs exaspérés, car, comme tous les ans, Paris semble découvrir la neige…

20h00, j’arrive enfin dans ma banlieue bourgeoise, les saleuses recouvrent les routes et la police nettoie les trottoirs, pour repousser l’écume de la misère loin des yeux, loin des cœurs.

Je me fais couler un bon bain brûlant parfumé par quelques merveilles de chez Lush. Quelle journée !

Janvier 2013, de l’écume immobile parsème les trottoirs, tapis sous des duvets de fortune et des sacs en plastique éclatés. L’état a décidé d’agir en doublant ses moyens pour cet état d’urgence : grâce aux saleuses, toutes les autoroutes restent praticables malgré la neige abondante.

 L’hiver s’annonce rude, il faut que je pense à commander du bois.

 

 

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